Memento Mori.

Donc, enfant sans gaieté, je pris l'habitude lâche de l'espoir.

vivienayroles:

© Claude Lévêque et Hervé Guibert, Hans Georg Berger, 1988
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vivienayroles:

© Claude Lévêque et Hervé Guibert, Hans Georg Berger, 1988

Une intimité désespérée s’établit entre cet homme et cette femme possédés du même dieu, mourant du même mal, dont les regards éteints se tournent vers deux absents. Léna soumise à la question serre les dents, pince les lèvres. Ses maîtres se sont tus quand elle passait les plats ; elle est restée sur le seuil de leur vie comme une chienne près des portes. Cette femme vide de souvenirs s’efforce par orgueil de faire croire qu’elle sait tout, que ses maîtres lui ont confié leur coeur comme à une receleuse sur qui l’on peut compter, qu’il ne dépend que d’elle de cracher leur passé. Des bourreaux l’étendent sur un chevalet pour l’opérer de son silence. On menace cette flamme du supplice de l’eau ; on parle d’infliger le supplice du feu à cette source. Elle redoute la torture qui n’arrachera d’elle que l’humiliant aveu qu’elle n’était qu’une servante et nullement une complice. un flot de sang lui jaillit de la bouche comme d’une hémoptysie. Elle s’est coupé la langue pour ne pas révéler les secrets qu’elle n’avait pas. 

Marguerite Yourcenar, Feux 

Il y a entre nous mieux qu’un amour : une complicité.
(…) et, quasi simultanément, le tropisme du corps de B.P. vers le corps de V.D., impérative occasion de perfection et de ruine.

"…Parce que la musique n’a besoin d’aucune règle pour elle-même en vint-il à déclarer. Les règles, nous seuls en avons besoin. Ce soir, j’ai tenté d’outrepasser ces règles. J’ai tenté d’écrire sans restrictions. Une composition capable d’élever les esprits, exactement comme à l’époque baroque. Mattheson disait que nous imposons à la musique nos propres faiblesses et limitations. Parce que sinon, nous serions absolument incapables de comprendre, nous ne pourrions même pas distinguer une chanson d’amour de… du son du glas. La musique est un art céleste, nous devons trouver le moyen de la dompter, d’en faire quelque chose de concret. Vous comprenez ce que je dis ? nous ne pouvons l’appréhender qu’à travers nos sens. Nihil est in intellectu quod non fuit in sensu.”
Sans se préoccuper de savoir si on l’écoutait, il déroulait son laïus comme s’il avait besoin de dire tout ce qu’il avait sur le coeur, ne s’interrompant que pour remplir son verre de vin ou déboucher une autre bouteille.  

Benjamin Wood, Le Complexe d’Eden Bellwether

Le conformisme comme certitude têtue des incertains.
Début septembre : les visages-paysages, II.  Afficher en haute résolution

Début septembre : les visages-paysages, II. 

Mon coeur est endurci/Ne tire pas sur l’ambulance/Garde la potence/Plus rien n’a plus d’importance/Rien ne dure. 

De l’amour

(…)

"Mais dans Alexis, je crois que cette distinction était surtout chez moi une réaction très forte contre la rengaine française de l’amour, que je sens, que je continue à sentir sonner faux. Les Français ont en quelque sorte stylisé l’amour, créé un certain style, une certaine forme de l’amour ; et après cela, ils y ont cru, ils se sont obligés à la vivre d’une certaine manière, tandis qu’ils l’auraient vécu tout autrement, s’il n’y avait pas eu toute cette littérature derrière eux. Ce n’est qu’en France, je crois, que La Rochefoucauld a pu dire qu‘“il y a beaucoup de gens qui n’auraient pas aimé s’ils n’avaient pas entendu parler d’amour”. Je crois que cela n’aurait aucun sens ici, ni peut-être dans beaucoup d’endroits du monde. Il n’en va pas de même en France, parce qu’en effet tout le monde est exposé à cette notion littéraire de l’amour, émotion, sensualité, jalousie, ambition, c’est-à-dire désir de réussir auprès d’une femme ; enfin l’amour à la française, qui va d’Andromaque à l’Education sentimentale. Il y a là beaucoup de conventions. 

L’effort d’Alexis est de ne pas mélanger les sentiments. Il faut d’abord savoir ce qu’on entend par amour. Si on entend par amour l’adoration d’un être, la persuasion que deux êtres sont faits l’un pour l’autre, qu’ils se répondent par des qualités en quelque sorte uniques, là, il y a un tel mirage que quelqu’un d’un peu réfléchi se dit forcément : “Non, je suis loin d’être doué de ces qualités exceptionnelles et l’autre non plus, probablement ; rendons-nous compte de ce qui est, aimons ce qui est.” Et j’appellerais cela amour de sympathie, presque une “agapé” au sens évangélique du terme, bien que dans laquelle, certes, les sens jouent leur rôle, mais il faut déjà beaucoup d’abnégation. Mais est-ce exactement ce qu’on appelle l’amour en France ? Je crois pas. 

Qu’est-ce que c’est, l’amour de sympathie ?

Disons le sentiment profond de tendresse pour une créature, quelle qu’elle soit, qui partage les mêmes hasards, les mêmes vicissitudes que nous. Cela, je le sens très fort, mais ce n’est pas exactement ce que les gens appellent l’amour dans les romans ou au théâtre. Il ne s’agit pas d’ailleurs, de ce qu’on nomme si mal “l’amour platonique” ; il s’agit d’un lien, charnel ou non, sensuel toujours, quoi qu’on fasse, mais où la sympathie prend le pas sur la passion. 

(…)

Marguerite Yourcenar, Les yeux ouverts 

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